ANJOT Maurice, dit Bayart

1904 - 1944

Le capitaine Anjot est le deuxième commandant du bataillon des Glières.

Volontaire pour en prendre le commandement dans la situation très critique qui fait suite à la mort du lieutenant Tom Morel, survenue le 9 mars 1944, il aura l’immense mérite de donner l’ordre de décrochage dans la nuit qui suit l’attaque allemande le 26 mars, de telle sorte que celle-ci tombera dans le vide, tandis qu’au prix de plus de 100 morts, dont la sienne, le bataillon pourra échapper à l’anéantissement et constituer un vivier pour les combats à venir jusqu’à la libération du département par les seules forces de la Résistance au mois d’août suivant.

capitaine Anjot
capitaine Anjot

Né le 21 juillet 1904 à Bizerte (Tunisie), d’un père officier, il entre à Saint-Cyr en 1923 –– promotion « chevalier Bayard » — et en sort sous–lieutenant dans l’infanterie en 1925.
Après deux ans au 7e B.C.M. de Sarrebourg, il est lieutenant et commande la compagnie de mitrailleuses du 62e Régiment de Tirailleurs Marocains. Il participe à la guerre du Rif, au Maroc, avant de devenir, en 1929, instructeur à Saint-Cyr. Capitaine en 1935, il est affecté au 172e Régiment d’Infanterie de Forteresse à Strasbourg, dans la défense du pont de Kehl.
La guerre survient alors qu’il sert au ministère de la Guerre depuis 1938. Il rejoint alors l’état-major de l’infanterie divisionnaire 45 avec lequel il fait face à l’attaque allemande sur l’Aisne, réussissant à échapper à la captivité.

Dans l’armée d’armistice, il est affecté au 27e Bataillon de Chasseurs Alpins à Annecy comme capitaine adjudant major, autrement dit comme adjoint du chef de corps, le commandant Vallette d’Osia.
Sous l’autorité de celui-ci, il prépare activement la revanche, chargé notamment d’une mobilisation clandestine visant au triplement des effectifs du bataillon.
La dissolution de l’armée d’armistice, consécutive de l’invasion de la zone jusque là non occupée, en novembre 1942, le surprend à Aix-en-Provence où il vient d’être affecté comme instructeur à Saint-Cyr, repliée là depuis 1940.
Il rejoint alors Annecy et se met à la disposition du commandant Vallette d’Osia, qui est entré dans la clandestinité pour, bientôt, prendre la tête de l’Armée Secrète.
Il devient l’une des chevilles ouvrières de cette A.S., d’abord aux côtés de Vallette d’Osia, puis, après l’arrestation de ce dernier en septembre 1943, de Romans-Petit, puis d’Humbert Clair, alias Navant.

Après la mort de Tom Morel, le 9 mars 1944, suivie immédiatement des parachutages d’armes attendus au plateau des Glières, il est l’un de ceux qui s’opposent à une dispersion immédiate du bataillon. Avec la majorité des chefs de l’A.S., il pense en effet qu’une telle dispersion, sans combattre, s’accompagnant nécessairement de l’abandon de stocks d’armes importants du fait, notamment, d’un enneigement surabondant, aurait un effet désastreux pour la réputation de la Résistance, dans le pays, mais aussi à Londres, chez les Alliés et dans la France Libre.
Il se porte alors volontaire pour prendre la tête du bataillon des Glières, en parfaite connaissance d’une situation marquée par une énorme disproportion de forces entre le maquis et les forces françaises du maintien de l’ordre bientôt puissamment renforcées par une division de la Wehrmacht.
Il prend le commandement le 18 mars et aura bientôt l’occasion de montrer qu’il se situe dans le droit fil de son prédécesseur : à l’offre de la Milice d’une certaine mansuétude pour les membres de l’A.S. contre la livraison des « communistes », il oppose un refus méprisant.
Le 26 mars, c’est l’attaque allemande sur Montiévret. Dans la soirée, conscient du rapport de forces écrasant en faveur des Allemands, le capitaine Anjot, jugeant que « l’honneur est sauf », donne l’ordre de dispersion, chaque unité devant rejoindre son maquis d’origine.

On ne soulignera jamais assez la pertinence de cette décision, prise au bon moment en dépit de renseignements très fragmentaires.
Le maquis avait fait la preuve de son courage et de sa détermination dans la première bataille rangée de la Résistance face à la Wehrmacht –– et cela sera célébré sur le ton de l’épopée par Maurice Schumann à la radio de Londres ––, mais il avait échappé à la destruction et les rescapés allaient reprendre le combat dans les semaines suivantes et ce, jusqu’à la victoire.
Le capitaine Anjot, quant à lui, après une marche harassante de plus de 16 heures, pressé de rejoindre Annecy pour alerter le commandement départemental de l’A.S. qui ignore le décrochage du bataillon, trouve la mort le 27 mars vers 15 heures, victime d’une embuscade tendue par les Allemands au lieu-dit Le Clu, près de Nâves, avec cinq de ses compagnons dont trois Républicains Espagnols.
Une stèle érigée sur les lieux en perpétue la mémoire.
Le capitaine Anjot repose aujourd’hui aux côtés de Tom Morel, au milieu de leurs hommes tombés comme eux, dans la Nécropole Nationale de Morette.