Ne pas oublier que l’année 1944 étant bissextile, le mois de février compte 29 jours.
1er février
Sur la demande de Tom Morel, 56 maquisards espagnols, anciens soldats de l’armée républicaine ayant combattu dans la guerre d’Espagne, réfugiés dans les montagnes, en contact depuis longtemps avec l’Armée secrète, rejoignent le plateau. Ils forment les sections « Ebro » et « Renfort Ebro ».1-2 février
Des jeunes du Grand-Bornand commandés par André Macé montent aux Glières. Ils seront le noyau de la section « Allobroges ». Dans les jours suivants, d’autres groupes de maquisards du secteur montent au Plateau, notamment le groupe AS de la Roche sur Foron qui forme la section « Savoie-Lorraine ».Rapidement la défense de la zone de parachutage est organisée avec deux compagnies d’une centaine d’hommes chacune : à l’ouest du col des Glières jusqu’aux Auges en passant par le Collet, la compagnie « Joubert » (sous-lieutenant Louis Jourdan avec 3 sections qui vont prendre les noms de « Lyautey », « Hoche » et « Leclerc ») et à l’est, du côté de la vallée du Borne, la compagnie « Humbert » (adjudant-chef Onimus avec les deux sections de Républicains Espagnols « Ebro » et « Renfort Ebro », la section « Savoie-Lorraine » et la section « Allobroges »). Au centre du dispositif est placé le PC (poste de commandement), la section d’Éclaireurs Skieurs, l’infirmerie. Le ravitaillement est assuré depuis la vallée du Borne grâce aux équipes du Lieutenant Bastian (« Barrat »). Malheureusement les armes sont encore en nombre très réduit et les moyens de liaison inexistants.
5 février
Rafle à Thônes par la Milice qui inaugure ainsi une longue série de rafles dans tout le département en commençant par la ville où son chef départemental avait été tué le 21 novembre 1943. Le corps franc Bastian a un tué et un prisonnier grièvement blessé.6 février
Dès 6 h 30 du matin et toute la journée, la BBC diffuse à l’adresse de la Haute-Savoie un appel à l’insurrection générale de toute la région. Cet appel enregistré par Maurice Schumann porte parole de la France Libre a été envoyé à Londres par la délégation militaire de Lyon, le 4 février, pour être diffusé immédiatement à la radio. Les Britanniques s’en étonnent. Ils demandent l’avis de Vallette d’Osia arrivé récemment en Angleterre. L’ancien chef de l’AS de Haute-Savoie exprime violemment son opposition à cette initiative propre à mettre le département « à feu et à sang ». À l’émission française du soir, le 7 février, Maurice Schumann, précisant à titre exceptionnel qu’il parle « en plein accord avec les autorités alliées », inverse radicalement les consignes données la veille.Face aux forces du maintien de l’ordre
7 février
Première intervention de la Garde Mobile qui ouvre le feu sur des ravitailleurs des Glières près de l’Essert (commune du Petit Bornand) faisant un blessé et trois prisonniers. Désormais les maquisards ont l’ordre de tirer s’ils sont attaqués par les Forces du Maintien de l’Ordre.Romans-Petit qui assurait à la fois le commandement de l’Armée Secrète de Haute-Savoie et de celle du département de l’Ain, depuis le mois de novembre 1943 à la suite de l’arrestation de Vallette d’Osia, est obligé de repartir dans son département où la situation des maquis s’aggrave. Il passe le commandement de la Haute-Savoie au capitaine Humbert Clair « Navant ».
8 février
Rafles à Faverges et à Thorens où s’installe le commandement opérationnel des troupes du Maintien de l’Ordre, notamment de la Milice. Jusqu’à la fin du mois d’avril, cette commune va être soumise à une surveillance permanente et subir de nombreuses exactions, arrestations et exécutions.9-10 février
Dans les environs de Thonon, la Milice locale appuyée par les GMR procède à une série d’arrestations notamment de plusieurs responsables FTP du Chablais.11 février
L’escadron de la Garde mobile du commandant Raulet prend position au Petit Bornand et reçoit l’ordre de faire une reconnaissance sur le Plateau des Glières.12 février
C’est le premier affrontement grave avec les Forces de l’ordre. Au lieu dit « la Combe », les maquisards tirent sur les Gardes qui montent dans leur direction, à mi-chemin entre le hameau de l’Essert et le Plateau. Quatre Gardes sont tués et trois prisonniers.Nuit du 13 au 14 février : premier parachutage
Alors que la neige n’a guère cessé de tomber depuis le début du mois rendant impossibles les opérations de parachutage, voici que, en fin de période favorable, une éclaircie s’annonce. La Royal Air Force en profite : vers deux heures du matin trois avions parachutent 54 containers et « paquets ». Ce n’est encore qu’un parachutage limité mais il permet d’armer valablement les hommes du Plateau. Il faudra attendre la pleine lune suivante (celle du 10 mars) pour recevoir les grands parachutages promis destinés à l’ensemble des maquis de la région.15 février
Vaine tentative du colonel Lelong de contacter le chef du Plateau par l’intermédiaire du commandant Raulet et de l’Abbé Truffy curé du Petit Bornand.Tom Morel relâche les Gardes faits prisonniers le 12 février en échange de la garantie d’un couloir d’accès pour le ravitaillement du Plateau.
16 février
À la demande du colonel Lelong, son chauffeur amène à Annecy le capitaine Clair (« Navant », chef départemental de l’AS) et son adjoint le capitaine Anjot (« Pierrot »). La rencontre a lieu à la villa Mary à Annecy, mais tourne court : l’Armée Secrète refuse toute contrepartie à une éventuelle neutralité des Forces de l’Ordre à son égard.17 février
Tom Morel envoie un message au commandant Raulet en lui demandant de le rencontrer au hameau de l’Essert. La rencontre se fait le lendemain sur le chemin du Plateau. Malgré une prise de contact assez tendue, elle aboutit à un accord d’homme à homme : la Garde laissera libre l’accès au Plateau par l’itinéraire de la Louvatière.20 février
Prise d’armes sur le Plateau ; Tom Morel rassemble le « bataillon des Glières » au pied du mât central où flotte la croix de Lorraine et lui donne la devise « Vivre libre ou mourir ».Le même jour, importantes opérations de la Milice en Chablais : rafle à Féternes.
Partout les Forces de l’ordre resserrent leurs contrôles et multiplient les opérations de ratissage.