Le Contexte

Glières survient en début 1944 en Haute-Savoie dans un contexte dont la connaissance est indispensable à la pleine compréhension des évènements.

Au plan national, deux dates sont déterminantes :

- le 8 novembre 1942, après le débarquement allié en Afrique du Nord, les Allemands envahissent la « zone Sud », jusque là « non occupée », dont faisait partie la Haute-Savoie. « L’armée d’armistice », que la France avait pu conserver avec quelques régiments et bataillons dans cette zone, est dissoute.
Dans un premier temps, l’Italie est puissance occupante, jusqu’à ce que les Allemands s’y substituent après la défection de celle-ci à la fin de l’été 43. Pour autant, en zone frontière, et notamment à Annemasse, la Gestapo est présente dès l’été 1940, comme le prévoyaient les accords d’armistice.

- le 16 février.1943, est instauré le Service du Travail Obligatoire (STO). Cette obligation pour les jeunes hommes de 20 à 22 ans réquisitionnés pour aller travailler en Allemagne provoque un afflux de « réfractaires » vers les traditionnelles zones refuges des montagnes, pour « prendre le maquis ».

Localement, en Haute-Savoie, cette situation nouvelle trouve un terrain particulièrement favorable au développement d’une Résistance nourrie, active et structurée.

- dès 1940 deux leaders haut-savoyards prennent position contre le régime de Vichy : Amédée Guy et François de Menthon.
Amédée Guy, élu député du Front Populaire en 1936, est l’un des quatre-vingt parlementaires qui votent contre les pleins pouvoirs accordés au Maréchal Pétain. Il est arrêté par Vichy, mis en résidence surveillée à Thônes puis Cruseilles. Interné par l’occupant italien à Fort Barraux, il s’évade vers la Suisse en 1943. Sa détermination personnelle entraîne un certain nombre de militants du Front Populaire à entrer en dissidence dès l’automne 1940 principalement dans sa ville de Bonneville et à Annecy où, au début de 1942, ils formeront le premier noyau haut-savoyard du mouvement Combat.
François de Menthon, ancien président diocésain puis national de l’Action Catholique, crée en novembre 1940 le premier journal de la Résistance : « Liberté ». Personnage influent dans un département pour l’essentiel très catholique, il se démarque nettement des orientations prises par Vichy. Après deux ans d’action clandestine dans toute la « zone sud » au sein du mouvement Combat, il rejoint Londres et Alger. Mais son engagement dans la Résistance avait eu valeur d’exemple et les Jeunesses Chrétiennes locales (Agricoles, Ouvrières, Etudiantes) allaient constituer un vivier pour l’Armée Secrète (AS).

- Au titre de l’armée d’armistice, le 27ème Bataillon de Chasseurs Alpins tient garnison à Annecy. Sous l’impulsion de son chef, le commandant Vallette d’Osia, de l’été 40 à l’automne 42, il prépare activement la revanche. A sa dissolution, en 1942, un grand nombre de ses officiers et sous-officiers deviennent des cadres de l’AS, à commencer par Vallette d’Osia qui en prend la tête.

- L’existence très ancienne d’une minorité active d’opposants au conservatisme traditionnel dans certaines zones du département, notamment en Faucigy et Chablais, ajoutée au développement d’une classe ouvrière encore embryonnaire constitue, très tôt, un terrain favorable à la Résistance communiste face à Vichy, puis à l’occupant. C’est sur ce terrain que se forment des unités de Francs-Tireurs Partisans (FTP). Mais, globalement, la distinction entre AS et FTP ne prendra jamais en Haute-Savoie la coloration idéologique qui a pu se développer ailleurs et la fusion des deux dans les Forces Françaises de l’Intérieur pourra se faire sans problème majeur.

Ainsi, à l’automne 1943, lorsque l’armée allemande occupe le département, les conditions sont réunies pour que s’affirme en Haute-Savoie une Résistance significative. Elle est riche en hommes, notamment du fait de l’apport des « réfractaires », mais pauvre en armes. C’est dans ce contexte que va naître Glières au début 1944.