MOREL Théodose, alias Tom

1915 - 1944

Le nom du lieutenant Tom Morel, premier commandant du bataillon des Glières jusqu’à sa mort tragique le 9 mars 1944, est, entré, dans l’imaginaire national, au panthéon des héros dont l’exemple nourrit notre volonté de vivre ensemble dans des valeurs communes.

« L’esprit des Glières », cette floraison d’enthousiasme juvénile dans la nuit de l’occupation, avec la liberté reconquise et fièrement proclamée-« vivre libre ou mourir »-, dans l’égalité et la fraternité retrouvées, au-delà des clivages sociologiques, politiques ou religieux, c’est à lui, et à nul autre qu’on le doit.

Ce qui aurait pu n’être qu’une opération de parachutage qui aurait mal tourné est devenu, grâce à l’exceptionnel rayonnement de ce jeune officier de 28 ans, une geste de l’Histoire nationale susceptible d’inspirer les générations présentes et à venir.

Tom Morel
Tom Morel

Né le 1er août 1915 à Lyon, il s’oriente vers la carrière des armes et entre à Saint-Cyr en 1935.
Il sort dans l’infanterie et choisit le 27ème Bataillon de Chasseurs Alpins, à Annecy, qu’il rejoint comme sous-lieutenant le 1er octobre 1937.
Il y reçoit un commandement envié : celui de la section d’éclaireurs skieurs (S.E.S.).
Mais ce poste va lui valoir, à la déclaration de guerre, une amertume : celle de devoir rester sur les crêtes frontières de Savoie, face à la menace transalpine, tandisque son bataillon part pour le front de l’Est.
Pourtant, quelques mois plus tard, en juin 40, cette situation lui épargnera de vivre le quasi anéantissement du bataillon sur l’Ailette. Il mènera, quant à lui, comme ses camarades des S.E.S. du front des Alpes, des combats victorieux face à l’assaillant italien ; son courage et sa valeur lui vaudront d’être décoré de la Croix de Guerre puis fait chevalier de la Légion d’Honneur à 25 ans.

A l’été 1940, il retrouve, dans l’armée d’armistice, un 27e B.C.A. reconstitué sous le commandement du chef de bataillon Vallette d’Osia. Sous l’autorité de celui-ci, tous, cadres et troupe, sont puissamment orientés vers la préparation de la revanche : entraînement forcené, préparation d’une mobilisation clandestine, cache d’armes soustraites à la commission d’armistice. Le lieutenant Morel se voit confier plus particulièrement cette dernière mission.
En 1941, il est affecté comme instructeur à Saint-Cyr, replié à Aix-en Provence.
C’est là qu’il est démobilisé en novembre 1942 à la suite de la dissolution de l’armée d’armistice consécutive de l’invasion de la zone sud par l’occupant allemand.

Il rejoint alors la Haute-Savoie et s’engage dans l’action clandestine.
Au P.C. départemental de l’Armée Secrète (A.S.), il est nommé en janvier 1944 chef des maquis A.S. du département par Romans-Petit qui avait assuré la succession de Vallette d’Osia après l’arrestation de ce dernier en septembre 1943.
C’est alors, à la fin janvier, qu’il reçoit l’ordre d’organiser, avec initialement une centaine d’hommes, la réception, au plateau des Glières, des parachutages d’armes massifs réclamés depuis longtemps par Vallette d’Osia et que Londres venait enfin de décider.
Progressivement, les effectifs s’étoffent avec, notamment, la montée au plateau de groupes de maquisards menacés par l’instauration de l’état de siège dans le département et la mobilisation des forces de l’ordre.

A cet ensemble disparate, réfractaires au service du travail obligatoire, membres des mouvements de jeunesse catholique, anciens du 27e B.C.A., militants communistes, Républicains Espagnols, Tom Morel va donner une âme commune : « Il n’y a plus ici ni A.S., ni F.T.P. leur dit-il, il y a l’armée française ». Au bataillon qu’il constitue, il donne pour devise « vivre libre ou mourir ».
Sillonnant le plateau en tous sens sur ses skis, il visite tous les postes, a un mot pour chacun, galvanise les énergies.
Il est le chef, il est le grand frère.
C’est dire si sa mort brutale, à Entremont, dans la nuit du 9 au 10 mars, est un coup terrible pour le bataillon des Glières.

On connaît l’histoire : les parachutages importants prévus pour la pleine lune de février ont dû être différés d’un mois du fait de conditions météorologiques défavorables. L’étau se resserre sur Glières. Le 9 mars, Tom décide de monter un coup de main dans la vallée, sur l’Hôtel de France à Entremont, où s’est installé le P.C. des groupes mobiles de réserve (G.M.R.) qui ont pris la relève de la Garde mobile. Le coup de main réussit parfaitement et les G.M.R. sont à la merci des maquisards. Tom se trouve en présence du chef des G.M.R., le commandant Lefèbvre. Celui-ci, bien que préalablement désarmé, abat Tom à bout portant avec un pistolet qu’il avait dissimulé sur lui.

Funérailles Tom Morel 1
Funérailles Tom Morel 1
Funérailles Tom Morel 2
Funérailles Tom Morel 2

Tom sera inhumé sur le plateau, au pied du mât des couleurs, le 13 mars.
Dès le 2 mai, il sera transféré dans ce qui deviendra la Nécropole Nationale de Morette, là où avaient été enterrés des maquisards tombés dans une embuscade pendant le décrochage à la fin mars et où seront finalement regroupés les corps de leurs camarades.
Tom Morel a été fait Compagnon de la Libération.