Vivre libre ou Mourir

Habitant Annecy depuis mon plus jeune âge, je me trouvais dans un quartier périphérique par rapport au centre ville. Pour m’y rendre à pied, j’empruntais un itinéraire qui me faisait passer à proximité d’un monument, d’un style classique à l’époque, élevé à la croisée de deux grandes rues, avenue du Parmelan et rue Revon, dédié à la gloire des francs-tireurs savoyards de 1870 et reproduisant la devise de la Convention « VIVRE LIBRE OU MOURIR ».

Je ne sais pourquoi, et sans y avoir attaché une importance particulière, j’ai mémorisé cette devise dont je n’aurais jamais pensé qu’elle pût devenir quelques années plus tard celle des Maquisards des Glières dans les circonstances suivantes :

Aux premiers jours de février 1944, alors que nous venions d’occuper le chalet qui devint le Poste de Commandement, le lieutenant Tom Morel me dit : « il faut que nous ayons une devise. Avez-vous une idée ? » Je ne sais pourquoi, spontanément et tout naturellement, je lui proposais : « VIVRE LIBRE OU MOURIR ». Subitement ces mots me revinrent en mémoire, peut-être parce qu’ils correspondaient bien à l’état d’esprit d’un maquisard-réfractaire-hors-la-loi depuis près d’une année. « C’est adopté ! » répondit Tom Morel qui enchaîna aussitôt en disant : et notre premier mot de passe à divulguer aux avant-postes sera : « Mac-Mahon » (à cause de sa célèbre phrase prononcée en 1870 : « J’y suis, j’y reste »).

Quelques jours plus tard, c’est au cours du premier rassemblement autour du mât central où la croix de Lorraine avait été cousue sur le drapeau français que le lieutenant Tom Morel donna la devise « VIVRE LIBRE OU MOURIR » au bataillon des Glières.

Alphonse MÉTRAL, Rescapé des Glières

Vivre libre ou Mourir
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PS : Ce monument, pour des besoins d’urbanisme, a été réimplanté avenue de Genève à Annecy.